La préservation des bois dans le bâtiment

Nul n’ignore que le bois, matériau naturellement durable, utilisé dans de bonnes conditions, n’en demeure pas moins sensible, à un moment ou à un autre aux agressions provoquées par des agents de dégradations biologiques qu’ils soient insectes ou champignons. Ces désordres peuvent avoir une origine fortuite (ex termite) ou être la conséquence d’un désordre d’humidité.

Pour ce prémunir, il convient de considérer une somme de facteur liant à la fois : les différents matériaux bois, leur état, leur mise en œuvre dans le bâti, les insectes spécifiques et les champignons auxquels ils peuvent être sensible.

 

Les insectes à larve xylophage

Le cycle évolutif de ces insectes se déroule en quatre phases, conformément au schéma ci-dessous :
Les insectes parfaits ou adultes sexués :
Ils sont munis d’ailes, ne se nourrissent pas et ne servent qu’à la reproduction.
L’œuf
La larve :
Elle représente le stade de croissance de l’insecte. C’est en se nourrissant qu’elle occasionne des dégâts au bois. Elle grandit par mues successives, la dernière donnant naissance à une nymphe. La vie larvaire dure de plusieurs mois à plusieurs années.
La nymphe :
Son aspect est celui de l’insecte parfait non pigmenté avant son éclosion.

Conditions de développement

La durée du cycle évolutif varie avec les facteurs suivants :
            - Les conditions ambiantes : chaque espèce d’insecte possède une vitesse d’évolution optimale pour une humidité et une température propres à l’espèce. 12° < température de développement < 35°
            - Le degré d’humidité du bois : les insectes xylophages sont :
- soit des insectes dits de bois secs dont les stades se déroulent dans les bois à humidité :
7° < H < 22%. Ils attaquent donc les bois mis en œuvre : charpente, meubles, etc…
- soit des insectes dits de bois frais où H > point de saturation des fibres (>30%). Ils pondent et entament leur développement dans les arbres dépérissant ou fraîchement abattus et peuvent le poursuivre, du fait de la durée du cycle biologique de la larve, dans les mêmes bois débités ou mis en œuvre.
            - La valeur nutritive du bois : certaines espèces infestent :
- soit des bois feuillus,
- soit des bois résineux,
- soit des bois feuillus ou résineux indifféremment.

1) LE CAPRICORNE DES MAISONS (Hylotrupes Bajulus)
Attaque les bois résineux et recherche une chaleur minimum, c’est essentiellement un ravageur des charpentes récentes.
            Coléoptère de 10 à 20mm gris. La femelle dépose ses œufs dans les fentes du bois. Cycle larvaire de 2 à 10 ans suivant température. Galeries ovales invisibles de l’extérieur. Le grignotement des larves au travail est souvent perceptible à l’oreille. Si le capricorne des maisons attaque l’épicéa et le sapin, il n’attaque pas le bois de cœur du mélèze, du pin maritime, du pin sylvestre, du pitchpin.

2) LES VRILLETTES (Anobiidae)
- La petite ou anobium et autres vrillettes de biologie voisine : 3 à 4 mm. A l’origine de la vermoulure des meubles, vieux livres, parquets, menuiseries et charpente. Trous de sortie ronds. Réseaux de galeries orientés en tous sens communiquant entre elles.
- La grande ou xestobium : 5 à 7 mm, ravage les bois et charpentes ayant déjà subi une attaque de champignon (désordre d’humidité). Par les coups qu’elle frappe dans le bois pour rechercher un partenaire sexuel, elle est surnommée « L’horloge de la mort ».

3) LES LYCTUS
3 à 5 mm. Attaque les feuillus à gros vaisseaux car ceux-ci doivent recevoir la ponte. Ils localisent leurs ravages dans les bois riche en amidon. Cycle vital en moyenne de 1 an. Petits trous de sortie.

4) Autres insectes à larve xylophage
A côté des classiques précédemment cités, il en existe de nombreux autres moins courants tels que Hesperophanes, Charançons, Bostryches, Sirex (guêpes de bois) …

Les insectes xylophages

Les Termites souterrains (Reticulitermes lucifugus et R. santonensis)
Insectes sociaux vivant en colonie très populeuses, formées d’individus spécialisés(300 000 à 1 500 000), les uns sexués assurant la reproduction de l’espèce, les autres assurant nourriture, construction de l’habitat et défense de la colonie.
Tous les termites fuient la lumière, ne circulent jamais à l’air libre mais dans des galeries creusées dans le sol, dans le bois ou constituées avec de la terre.
En expansion dans 55 départements, ils sont à l’origine de dégâts importants dans les zones infestées.

Biologie
1) Humidité
La condition première de l’existence de termites est la possibilité d’un approvisionnement en eau. Il est à noter que les quantités qui leur sont nécessaires sont faibles.
2) Température
Si celle-ci peut leur être donnée par le climat, elle peut aussi leur être artificiellement fournie par le chauffage ou la pratique de l’isolation des bâtiments.
3) Habitat
Généralement, la colonie est située dans le sol où elle trouve l’eau indispensable à sa vie. A partir de la termitière où résident le roi, la reine, les jeunes larves, les nymphes et les soldats, les ouvriers rayonnent à la recherche d’aliments dans des galeries où ils circulent à l’abri de la lumière dans un va-et-vient incessant. Ces galeries toujours vides de sciure (à l’inverse des insectes xylophages qui vivent isolément : capricorne, lyctus, vrillettes) sont de deux types :
Ÿ Creusées : dans le sol ou les matériaux tendres tels que le bois, les matières plastiques, le plâtre.
Ÿ Construites : avec un mélange de terre, de particules de bois, d’excrément et de salive à la surface des matériaux trop durs pour pouvoir être forés, comme le béton, le ciment et la pierre. Elles forment alors un réseau de petits cordons ou cordonnets courant sur les murs.
4) Alimentation
L’aliment principal du termite est essentiellement la cellulose qu’il recherche partout où il est susceptible de la trouver :
Ÿ Le bois : souche, bois ouvrés (solive, parquet, meuble, charpente)
Ÿ Le papier, le carton
A l’intérieur des boiseries infestées, il se nourrit préférentiellement du bois de « printemps » ( + tendre) délaissant le bois d’été (+ dense) ce qui donne au bois un aspect feuilleté.
Au cours de cette recherche, il peut dégrader de nombreux autres matériaux dont il ne s’alimente pas pour autant.
5) Modes de propagation
Ÿ Par essaimage
Les reproducteurs ailés essaiment autour de la termitière pour s’accoupler et former une nouvelle colonie.
Ÿ Par « marcottage »
Un groupe isolé de la colonie-mère par une trop grande distance (ex bâtiment éloigné) peut créer une deuxième colonie.
Ÿ Par « bouturage »
Un petit nombre d’individus (50 à 100) se trouvant accidentellement coupé de leur colonie (travaux de terrassement, transport de matériaux ou de remblais infestés) se réorganise pour former une nouvelle colonie.


Les Termites de « bois secs » (Kalotermes Flavicollis)
Plus anecdotiques (pourtour méditerranéen) ils installent leur colonie directement dans les bois et se propagent par essaimage.

Compte-tenu des dégâts occasionnés par les termites, il est nécessaire d’être vigilant et de prendre les mesures d’éradications nécessaires au moindre doute.

Les Champignons lignivores

Les champignons se développent à partir d’une spore qui va germer et former le mycélium (corps du champignon) composé d’un ensemble de filaments (Hyphes) envahissant et détruisant le bois.
Ils n’ont pas les moyens de nutrition des plantes vertes car ils sont dépourvus de chlorophylle et par suite, ne peuvent fabriquer à partir du gaz carbonique de l’atmosphère des produits carbonés (sucres, graisses). Donc incapables d’élaborer par eux-mêmes la matière organique nécessaire à leur développement, ils vivent au dépens des constituants organiques du bois. Pour cela, les cellules du mycélium secrètent des diastases qui leur permettent de « digérer » la cellulose et la lignine.

Conditions de développement des champignons
Comme tous les organismes, les champignons exigent pour se développer des conditions physiques, chimiques, et biologiques déterminées :
- Température : la température de croissance la plus favorable est située entre 25° et 35°C. En-dessous de 10° le développement est arrêté : le champignon reste à l’état de vie ralentie. Au-dessus de 40° le développement s’arrête également.
- Humidité : pour un développement possible, l’humidité du bois doit être > 22 %. Un bois sec est donc protégé (en principe) contre l’attaque des champignons.
- Lumière : les champignons peuvent croître dans l’obscurité totale. Cependant la fructification ne se produit normalement qu’à la lumière (un court instant suffit).
- Oxygène : les champignons ne peuvent vivre qu’en présence d’oxygène gazeux (faible quantité). L’immersion complète protège donc les bois.
- Bois : selon les espèces, ils sélectionnent les feuillus ou les résineux.

Conséquences de l’attaque des champignons lignivores
L’infestation provoque une destruction des cellules et des fibres entraînant au final une perte totale de la résistance mécanique du bois compromettant gravement l’équilibre et la pérémité des éléments d’ouvrage attaqués. Cette destruction se traduit par une pourriture ce qui permet de classer les champignons lignivores en agent de :
Ÿ Pourriture cubique : la cellulose est attaquée en priorité, le bois se fendille et se clive suivant trois plans rectangulaires comme du bois carbonisé.
Ÿ Pourriture fibreuse : la lignine et la cellulose sont attaquées simultanément, le bois est ramolli et se décompose en fibrilles blanchâtres.
Ÿ Pourriture molle : elle apparaît sur le bois placés en conditions d’humidités extrêmes (H60%).

Parmi les champignons, il en est un particulièrement dangereux qui peut provoquer des dégâts tout aussi redoutable que ceux engendrés par les termites :
- La Mérule (Serpula Lacrymans) ou champignon des maisons (pourriture cubique) est celui qui cause les plus graves dommages dans la construction (non stoppé, il peut provoquer l’effondrement des structures porteuses). Très destructeur, il est à l’origine des principaux dégâts observés sur les poutres et boiseries des maisons, particulièrement celles qui ont souffert d’un manque d’entretien. Il se développe à des températures comprises entre 7° et 26°C, dans les endroits humides (Bois 22% H>50%), peu aérés souvent obscures, néanmoins, par la suite il peut vivre et prospérer dans des bois plus secs.
En effet, la mérule est capable de traverser les murs en produisant des cordonnets formés de filaments qui fonctionnent comme des conduites reliant le champignon à des sources d’eau souvent éloignées. Il attaque surtout les résineux mais peut attaquer les feuillus et selon les conditions de développement rencontrées, sa progression peut-être très rapide (1 an).

En raison de sa biologie particulière, l’attaque des bois d’un immeuble par la mérule est extrêmement grave et exige des mesures de traitement radicales.

- Divers champignons lignivores sont susceptibles d’altérer dommageablement le bois mais ils exigent pour se développer des conditions d’humidités plus importantes et ne sont pas capables de s’étendre à travers les maçonneries ainsi que de transporter l’eau dont ils ont impérativement besoin pour se développer.